jeudi 29 mai 2008

Restaurant Osaka, bonsoir. Tarte chèvre-piperade des soirs de flemme




- Allô ? Lestaurant Osaka. Bonsoil.
Ce type a un accent japonais à couper au couteau (japonais of course).
- Bonsoir, c’est pour une livraison.
- Votele numelo de téléphone sivouplé ?
- 01, 4..., …, …, …
- Zélo un, qualante… L'adelesse, svouplé ?
- Euh, pardon ? Je n'ai pas compris.
- Votleu adelesseu sivouplé ?
- Ah, oui bien sûr. 11ter boulevard de la flemme culinaire.
- Onzeu boulevaleu…
- Non monsieur, pas 11, 11ter. Il y a 11, 11 bis et 11ter. Moi c’est au 11ter. C’est un immeuble différent du 11.
- … Onztel ? Onztel bouleval de la flammecu…
- Non pas flammekü(che ?), flem-meu cu-li-nai-reu, flem-meu cu-li-nai-reu. Numéro 11 ter. OK ?
- D’accol. Le nom madame ?
- Kriskova
- Kiss-coô…
- Non c'est pas du tout Kisscool. C'est Kriskova. K, R, I, S, K, O, V, A.
Imaginez l'aventure si je m’appelais Natalia Krzywczyńska ou Natalia Wskrzeńska…(ne croyez pas que j’exagère, ces noms existent vraiment)
- Madame Kliskola, onzeu bouleval… Le numelo de l’immeuble ?
- Pardon ?
- Je demande le numelo de l’immeuble.
- Je vous l’ai dit, 11 ter.
- Si il y a le code…
- Ah... Oui, il y a un code. 30C25. 3, 0, C, 2, 5.
- 3, 0, C, 2, 5, 11 tel. 
- 11 ter c’est pas le code de l’immeuble, on est bien d’accord, c’est le numéro dans le boulevard. Vous avez bien noté 11 ter ?
- Oui madame. L’étage ?
- Quatrième, porte gauche. Et, pour la commande, ce sera L14, L15 et L7. 
(Ouf, cette fois, on s'est compris du premier coup).

30 minutes plus tard. Le téléphone sonne. Un autre Nippon au bout du fil, pas plus à l'aise avec la langue de Molière :

- Allô, c’est le liveleur de Osaka. Le code de l’immeubele n’est pas bon.
- 30C25 ?
- Non c’est pas ça.
- Ah mais si. Vous êtes sûr que vous êtes au 11ter ?
- …
- 11 ter ? Pas 11, hein ?
- Je ne compelends pas.
- Je crois que vous êtes devant le 11 et non devant le 11ter. Il faut aller au 11ter. Ce n’est pas le même immeuble !
- …
- Bon, ne bougez pas, on descend chercher les sushis.

On respire. Au besoin, on écoute un morceau de Shakuhachi (flûte japonaise). Pas mieux pour redevenir zen. Et puis on se calme, parce que les sushis sont là.

La morale de l’histoire ?

1. 90% des Japonais ne savent pas prononcer le "r" (un son qui n'existe pas dans leur langue). Si vous n'êtes pas physionomiste, faites confiance à votre feuille : vous ne prendrez jamais plus un Nippon pour un Chinois, un Cambodgien ou un Vietnamien (et ce n'est pas une raison pour continuer à dire que de toute façon, ils ont tous la même tête. Grrr.)

2. Quand vous cherchez un appartement ou une maison, soyez plus finauds que les Kriskov, évitez les numéros bis, fuyez les ter. Parce que plus de 80% (allez, soyons objectifs, au moins 99%) des gens n’ont pas la moindre notion de numération latine (et dire qu'on ose encore avoir des quater). A moins que cela vous plaise d'être la victime impuissante des logiciels d’adressage, des secrétaires qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs (faux) ongles, des facteurs débutants, des livreurs d'Osaka. Pensez aux conséquences : votre nouvelle machine expresso livrée à la gardienne de l’immeuble voisin, son chat se régalant de vos sushis (par exemple)

3. Les soirs où vous êtes trop flemmard(e) pour cuisiner, pas assez zen pour passer commande chez Osaka, vous pouvez bricoler en 15 minutes cette tarte chèvre-piperade.

Tarte chèvre-piperade express



Pour un petit moule à tarte de 22-24 cm de diamètre, à bords un peu hauts si possible : 

- pâte brisée (même une pâte toute prête, on n’en mourra pas)
- 250g de poivrons rouges verts et jaunes en lanières surgelés (Picard)
- 250g de tomates en dés à l’italienne surgelées (Picard)
- 1/2 gousse d’ail (si possible de l'ail nouveau, moins fort)
- 100g d’oignons en rondelles surgelés (Picard)
- un reste de bûche de chèvre (pas besoin de prendre une AOC super affinée, celui de la supérette du coin qui est en train de mourir dans le frigo fera bien l'affaire)
- 2 œufs + 1 jaune
- 15 cl de lait
- 10 cl de crème liquide entière
- un talon de jambon type Bayonne ou de jambon cuit (env. 50g)
- 1 cc rase de piment d’Espelette

1. Préchauffez le four à 180° C.
2. Faites décongeler les poivrons et les tomates dans une sauteuse, sans matière grasse. Réservez.
3. Faites revenir tout doucement les oignons et l’ail écrasé dans 1 cs d’huile d’olive. Lorsque les oignons sont tendres, ajoutez les tomates, les poivrons et le piment d’Espelette.
4. Etalez la pâte et garnissez-en un moule à tarte. Piquez le fond, versez le mélange de légumes par-dessus, ajoutez le talon de jambon coupé en cubes ou en lamelles.
6. Battez les œufs et les jaunes avec le lait et la crème. Versez sur les légumes. Coupez le fromage de chèvre en tranches et disposez les tranches sur le dessus. Enfournez pour 35-40 minutes. Dégustez tiède.

Sans chichis, efficace, se customise à volonté. Le plus long, c'est d'attendre que ce soit cuit... puis que ce soit à la bonne température. Avec les sushis, c'est sûr, on n'a pas ce genre de souci.

P.S. : en dernier recours, si le congélateur est vide et le four en panne, on peut commander une pizza, ou filer chez McDo. Dieu merci, on n'en est pas encore arrivé là.

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