vendredi 11 juillet 2008

Une taupe, trois bibliothécaires, une demi-douzaine de financiers

On nous l’avait annoncée « pleine de courage et d’enthousiasme ».

Elle est arrivée la semaine passée, jeune recrue sortant de l’ENSSIB (école formant entre autres les conservateurs de bibliothèque). Le poil raide et court, les yeux perçants derrière deux fonds de bocaux, le bronzage translucide, le bourgeonnement postpubère. La pauvre, ce n'est pas de sa faute, soyons indulgents...

Elle s’est installée dans le bureau que je partage avec S. (miss « je-glousse-quand-mon-amoureux-m’envoie-un-texto » ayant récemment pris ses quartiers ailleurs). Nous avons donc inauguré un nouveau trio cohabitatif.

Lundi, elle ne nous a pas adressé la parole.

Mardi, un bonjour sec et point à la ligne. Coincée ? De mauvais poil ? Pas très sociable, en tout cas.
Mercredi, je lui annonce une séance de travail avec un collègue de sa promotion, ce à quoi elle répond d’un ton cinglant : « Oh joie » (oui oui  : sans point d'exclamation). Deux ou trois autres réparties de ce type confirment une prédilection pour l'ironie la plus glaçante.

Jeudi, elle n'a toujours pas esquissé le moindre sourire. Elle fait purement et simplement comme si nous n'étions pas là.

Vendredi, nous prêtons moins attention à son attitude qu'à la sombre bestiole au poil ras qui trône sur son bureau. Une peluche ? Un fétiche ? Une pièce de collection ? Je songe tout d'abord à un rat. Aurait-elle poussé le cynisme jusqu'à prendre un rongeur pour animal-totem, elle qui a choisi de travailler dans une bibliothèque ?!



Profitant d'une absence, je m'approche de son bureau pour scruter l'animal plus aisément. Je n'identifie pas la bête de prime abord. Je retourne donc la planche, sûre d'y trouver quelque indice supplémentaire : talpea europea. Je suis nulle en zoologie, mais pas trop mauvaise latiniste. Ciel ! C'est une taupe naturalisée ! 

Franchement, vous en connaissez beaucoup, vous, des filles qui s'affichent avec une taupe en guise de presse-papier, 5 jours après leurs débuts professionnels ?

Et dire que je vais devoir tolérer cette horrible bestiole placée pile poil dans mon champ de vision pendant encore 1 mois et demi...

Voici une recette qui effacera (je l'espère) le dégoût, l'inquiétude voire l'épouvante que pourrait vous inspirer, chers lecteurs, la première partie de ce billet.
C'est une recette de Sophie Brissaud révélée par Patoumi : des petits financiers dégoulinants de beurre salé et parfumés au matcha. La recette a été allégée lors de son passage chez Mingoumango. J'ai fait passer ces petites douceurs du vert à l'orange, juste pour changer (la version originale au matcha reste un sommet de finesse et de gourmandise, testez les deux tant qu'à faire).



Financiers au beurre salé et à l'orange confite


Pour 6 petits gâteaux environ (quantité obtenue dans des moules à muffins individuels, faute de vrais moules à financiers)

- 100g de beurre demi-sel
- 80g de poudre d'amandes
- 50g de farine
- 150g de sucre glace
- 4 blancs d'oeufs
- 50g d'écorces d'orange confites (entières si possible)
- 1 cs de zeste d'orange finement râpé (alternative : qq gouttes d'arôme naturel d'orange)
- facultatif : du colorant orange en poudre ou liquide


1. Préchauffer le four à 180° C.
La recette originale dit faut placer les moules vides dans le four, mais j'ai des moules en silicone, or on m'a toujours dit qu'il n'était pas recommandable de les exposer, vides, à la chaleur du four. Donc je me contente d'enfourner mes moules une fois remplis.

2. Faire fondre le beurre, réserver. Tamiser et mélanger les ingrédients secs : farine, sucre glace, poudre d'amandes. Ajouter les blancs d'oeufs, l'arôme d'orange, le colorant si vous en mettez, puis le beurre en filet.

3. Verser l'appareil dans des moules à muffins en les remplissant aux 2/3 (si vous avez des moules à financiers, il n'est pas nécessaire de s'arrêter aux 2/3... d'ailleurs vu leur épaisseur vous auriez bien du mal).

4. Enfourner pour une dizaine de minutes à 180° C. Au bout de 10 minutes, sortir les petits gâteaux du four et disposer sur chacun d'un morceau d'orange confite. Poursuivre la cuisson encore dix minutes environ. Les financiers ne doivent quasiment pas colorer.

5. Laisser refroidir un peu avant de démouler. Laisser sécher à l'air 1 heure avant de les ranger dans une boîte hermétique.


Ces financiers doivent pouvoir se conserver un certain temps, vu leur moelleux et leur fondant. Combien, je l'ignore : à moins d'être un peu taupe sur les bords, je ne pense pas que vous puissiez les laisser traîner bien longtemps tellement ils sont divins et tellement ils titillent les papilles (le beurre salé...).



Sur cette base, on peut varier les parfums et les couleurs. Au citron, ils sont excellents, à la cannelle et à la fleur d'oranger, vous en faites une quasi pâtisserie orientale. Au pandan, pour celles qui ont des accointances avec la filière néerlandaise (merci Marion !). Prochainement, je crois que je vais tenter de mettre au point une version au chocolat.

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