lundi 24 novembre 2008

Apfel-Nuss-Stollen. Du temps où Stübli existait...

Il est un peu tôt encore pour parler des gâteaux et sucreries de Noël. L'Avent ne commence que dimanche. Les premiers frimas hivernaux, eux, ont pris un peu d'avance.

Après une séance de cinéma polonais au Lucernaire, j'ai été prise d'une forte envie de gâteaux d'Europe centrale. Dans le film, les personnages mangent à deux ou trois reprises des biscuits secs (qu'on ne voit pas au demeurant, car à chaque fois ils sont emballés dans un grand sac en papier : terriblement frustrant !). Mais ce n'est pas de gâteaux secs que j'ai eu soudain envie, non, c'est de ces généreux gâteaux roulés ou tressés, gâteaux au goût de cannelle, bourrés de fruits secs, d'orange et de citron confits, enrichis parfois de marzipan (massepain). Ce sont les gâteaux du réconfort hivernal, des fêtes de fin d'année, ceux qu'on déguste lentement au coin du feu, les joues et le nez rougis par le froid, avec un thé, un café ou un vin épicé, en faisant durer le plaisir.

Autrefois nous fréquentions volontiers la pâtisserie, traiteur et salon de thé Stübli, le seul endroit de la capitale où l'on pouvait dénicher les vraies spécialités d'Allemagne du Sud et d'Autriche tout en échangeant quelques mots auf Deutsch avec les vendeuses. Au moment des fêtes de fin d'année, c'était un plaisir que de passer devant les deux vitrines en vis à vis (l'une pour le salé, l'autre pour le sucré) de la rue Poncelet, dans le 17e arrondissement.
Hélas, Stübli, je l'ai appris tout récemment, a fermé ses portes. S'est installée à la place une devanture épurée, vert biologique, une de ces boulangeries-pâtisseries à signature qui plaisent tant à notre époque. Mais Stübli est devenue le Stube et s'est déplacé dans un quartier plus central, rue de Richelieu, dans un décor de restauration rapide chic pour bobo parisien en mal de germanisme culinaire. On y paie bien cher et on y fait une queue d'enfer, pour manger debout le plus souvent, ou carrément ailleurs (car c'est étroit et les places assises sont prises d'assaut, quoique peu confortables). Au lieu de belle vaisselle et d'ambiance feutrée, des barquettes en carton et des verrines en plastique dans lesquelles on pourra savouer une version correcte certes mais un peu simplifiée pour ne pas dire appauvrie des spécialités culinaires germaniques : currywurst, strudels de toutes sortes, boissons typiquement berlinoises, et ainsi de suite. Bref, le Stube est une bonne combine commerciale. Côté cadre feutré et qualité des préparations, désolée, mais je ne m'y retrouve pas... 

On se rabattra, pour un vrai salon de thé à l'allemande ou à l'autrichienne, sur la Pâtisserie viennoise de la rue de l'Ecole-de-Médecine... dans un style moins subtil, il faut bien l'avouer, que le regretté Stübli.
  


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Voici l'une des innombrables recettes possible de gâteau roulé à la mode austro-slave. Une version simple et rustique aux pommes et aux noix. La pâte d'amandes, les montagnes de fruits secs, la pâte briochée, ce sera pour une autre occasion. Pour la version au pavot 100% polonaise, je vous renvoie vers le Makowiec de l'année passée...

La recette de cet Apfel-Nuss-Striezel (littéralement : tresse aux pommes et aux noix) est extraite d'un ancien numéro de Laura Backen, une revue culinaire bavaroise achetée lors d'une escapade à Munich. Une revue tout ce qu'il y a de plus ordinaire mais efficace.

Comme vous pourrez le constater sur les photos l'Apfel-Nuss-Striezel s'est transformé en Apfel-Nuss-Stollen, c'est à dire un roulé (plus facile à confectionner qu'une tresse). J'ai préféré ne pas mettre ma légendaire impatience à l'épreuve, car en ce moment la moindre goutte d'eau met le feu aux poudres, comme on dit dans les journaux dakarois ;-)

Roulé aux pommes et aux noix (Apfel-Nuss-Stollen)


Pour la pâte :
- 200g de fromage blanc à 20% de mg
- 4 cs d'huile neutre (pépins de raisins pour moi)
- 1 pincée de sel
- 35g de sucre
- 1 sachet de sucre vanillé
- 1 oeuf
- 280g de farine blanche
- 1 paquet de levure chimique

Pour la garniture pommes-noix : 
- 2 belles pommes acidulées (Reine des reinettes idéalement, sinon des Reinettes du Canada ou des Boscoop qui sont très bien au goût mais qui se tiennent moins bien à la cuisson et tombent en compote - tout dépend de vos préférences)
- 75g de noix de bonne qualité hachées (les cerneaux de noix tout venant du commerce étant souvent amers voire rances, je conseille fortement d'acheter des noix entières, de préférence au marché, croyez-moi vous sentirez la différence, ça vaut le coup de passer par l'étape casse-noix et décorticage).
- 50g de d'amandes mondées hachées
- 75 de sucre en poudre
- 5 cl de jus de pomme + 2 cs de liqueur de noix ou autre alcool de votre choix
- 1 poignée de raisins de Corinthe 
- 1 belle cc de cannelle en poudre
- 1 cc d'extrait naturel de vanille

Pour la finition :
- 25g de sucre en poudre
- cannelle en poudre
- 25g de beurre
- 6 cerneaux de noix

1. Mélangez le fromage blanc, l'huile, le sel, les sucres et l'oeuf. Tamisez la farine et la levure, incorporez au mélange liquide en deux fois. Formez une boule (ajoutez un peu de farine au besoin, mais pas plus de 25g-30g), filmez et réservez au frais 1 heure.

2. Préchauffez le four à 180°. Faites cuire à feu vif les pommes taillées en petits cubes et les noix hachées avec le jus de pomme, le sucre, la liqueur de noix, la pâte d'amandes débitée en petits morceaux et la cannelle jusqu'à obtenir une compotée.

3. Sortez la pâte du réfrigérateur, étalez-la en rectangle sur 1 cm d'épaisseur environ (farinez bien le plan de travail ou travaillez sur une feuille silicone). Divisez la en trois bandes dans le sens de la longueur. Répartissez 1/3 de la compotée de pommes et de noix sur chacune des trois bandes en n'hésitant pas à occuper tout l'espace en largeur. Roulez chaque bande sur elle-même en partant du petit côté, de façon à obtenir 3 roulés. Collez ces trois roulés bout à bout (du côté où l'on voit la compotée) de façon à obtenir un grand roulé.

4. Beurrez largement une plaque de cuisson et déposez votre roulé dessus. Saupoudrez le dessus du roulé de sucre et de cannelle à volonté, puis parsemez de morceaux de beurre et de cerneaux de noix.

5. Enfournez pour 40 minutes environ, jusqu'à ce que le dessus soit bien doré. Dégustez en tranches, au petit déjeuner ou à l'heure du thé.


lundi 17 novembre 2008

Un rayon de soleil : la confiture de cheveux d'anges


Un rayon de soleil perce à travers les nuages et vient réchauffer mon bureau envahi par la grisaille d'un mois de novembre triste et maussade. Cela fait du bien.

Mon esprit vagabonde, je n'ai pas envie de penser aux copies à corriger, aux cours à préparer, à la grève de la SNCF, aux salles de cours qui ne sont pas chauffées à Poitiers.

J'ai envie d'une promenade en forêt, loin de la foule parisienne, loin des expos bondées du Grand Palais, loin de la circulation assourdissante des boulevards parisiens, loin des adresses chics, chères et invariablement prises d'assaut quand il vous prend l'envie d'y faire un tour.

Je me réfugie à la maison et dans mon quartier. Au marché d'Aligre, on trouve en ce moment des courges de tout poil. Je lorgne sur les innombrables variétés en quête d'un spécimen bien précis : la courge de Siam, dont on peut faire une confiture très particulière, spécialité typiquement espagnole (mais quasi inconnue chez nous) qui sert à fourrer de nombreuses préparations et en particulier les ensaimadas. Une confiture très douce, au goût relativement peu prononcé, mais qui séduit les papilles à cause de sa couleur d'or et de ses filaments fondants dans la bouche. "Cabello de angel", cheveux d'anges, disent les Espagnols. C'est la confiture des anges...

Je ne suis pas une adepte des confitures de cucurbitacés quels qu'ils soient. Mais la confiture de cheveux d'anges, c'est une autre histoire. Une merveille à laquelle il faut absolument avoir goûté au moins une fois dans sa vie. La courge du Siam, malgré son nom, est moins une courge qu'une sorte de pastèque. Sa peau est verte marbrée de blanc et sa chair très pâle se défait en filaments comme des vermicelles.

Attention, contrairement à ce que l'on entend ou lit de ci de là, ce n'est pas la même chose que la courge spaghetti que l'on rencontre (plus communément) sur nos marchés, dont l'écorce est jaune uni et la forme nettement ovale. Pour cette recette, la courge spaghetti n'est pas indiquée : sa chair est très fade et les filaments sont plus épais et plus fermes que ceux de la courge du Siam.

Confiture de cheveux d'anges

Ingrédients :

- 1 courge du Siam d'environ 1 kg
- sucre (poids variable selon la quantité de chair recueillie)
- 1 bâton de cannelle
- 1/2 de gousse de vanille
- le jus d'1 petite orange (env. 5 cl)

1. Préchauffer le four à 180°C (thermostat 6). Y glisser la courge entière, lavée mais non pelée et laisser cuire 45 minutes à 1 heure jusqu'à ce que la chair soit parfaitement tendre (glisser de temps en temps un couteau pour vérifier). Attention à ne pas laisser brûler la peau, sinon, baisser le four et couvrir d'un papier aluminium. Vous pouvez également opter pour une cuisson à la vapeur, si vous avez un récipient suffisamment grand pour contenir la courge entière (pas de risque de brûlure de l'écorce).
Il est beaucoup plus pratique de procéder ainsi plutôt que d'éplucher la courge crue et de couper la chair.

2. Ouvrir la courge en deux et prélever le maximum de chair, couper cette chair en morceaux.

3. Peser la chair, puis la mettre dans une grande bassine ou une casserole bien large, ou un wok. Ajouter environ 3/4 du poids de la chair en sucre (pas plus, sinon le goût sera trop sucré, pas moins, sinon la confiture ne "prendra" pas car la courge est assez pauvre en pectine). Pour une meilleure prise, on peut remplacer une partie du sucre ordinaire par du sucre gélifiant spécial confitures type Gelsuc : par exemple, pour 1 kg de chair de courge, 250 g de sucre gélifiant et 500 g de sucre ordinaire.

4. Ajouter le jus d'orange, le bâton de cannelle et la 1/2 gousse de vanille fendue en deux. Faire cuire à feu vif en remuant souvent jusqu'à atteindre le point de gélification (104-105°C environ). Retirer le bâton de cannelle et mettre en pots immédiatement, fermer et retourner les pots quelques instants, retourner à nouveau et laisser refroidir.

Bon à savoir : juste après cuisson, cette confiture vous paraîtra un peu fade, il faut attendre 8 jours au moins avant que son goût subtil soit optimal. 

mardi 11 novembre 2008

Cheesecake double citron & 4 astuces pour atteindre la perfection...


La perfection... en matière de cheesecake !


Cette version très citron a été préparée pour mon pot de départ, le 29 août dernier, entre autres douceurs citronnées. Je n'ai pas eu le temps de le photographier après avoir coupé les parts... Je ne pourrai donc vous en montrer la texture divinement crémeuse et fondante. Je n'ai pas pu le goûter : c'était l'époque où tout me faisait horreur, le sucré encore plus que le reste. Mais la recette était éprouvée dans les moindres détails. Je l'ai cuisiné les yeux fermés (et en apnée...). 
Le cheesecake trônait au beau milieu de la table réservée aux desserts. Les gens l'observaient, le jaugeaient, certains demandaient ce que c'était, mais personne n'osait entamer la pièce. Sans doute par crainte de s'en mettre plein les doigts, sur la cravate, sur le bout du nez... Le cheesecake, c'est pas commode, il faut le manger dans une assiette. Plus compliqué que le cake aux olives ou la tartelette miniature.

Les plus gourmands ont fini par céder à la tentation : une, deux parts... 20 minutes après, il ne restait plus rien. Et le plus drôle, c'est que les conversations avaient viré au colloque culinaire. Chacun y allait de ses expériences en matière de cheesecake (pour certains, c'était une première, d'ailleurs). Mon ex-chef, dont je croyais qu'il se nourrissait exclusivement de chocolat noir, de sandwiches Class-Croûte et de nicotine, se concentrait religieusement sur sa petite cuiller. La scène était plutôt amusante. 

Le lendemain, j'ai reçu une quinzaine de messages me demandant la recette. 

Cheesecake double citron

inspiré du grand classique signé Loukoum°°°




Prévoir un moule à charnière de 20 cm de diamètre, à bords hauts*

Pour la croûte
- 100g de sablés pur beurre
- 100g de speculoos
- 5 cs de beurre mou

Pour la crème au fromage frais
- 600g de fromage à tartiner type Philadelphia (non allégé)
- 60g de sucre
- 3 cs de farine
- 1 pincée de sel
- le jus d'1/2 citron + 3 cs de zeste très finement râpé
- 2 oeufs + 2 jaunes
- 50g de crème fleurette

Pour la crème au citron
- 1 citron non traité (3 cl de jus environ) et son zeste finement râpé
- 1 œuf
- 50 g de sucre en poudre
- 65 g de beurre doux

1. Préparez la crème au citron (peut se faire la veille). Dans une jatte, fouettez l'œuf avec le sucre jusqu'à ce que le mélange mousse. Faites fondre le beurre dans une casserole, ajoutez le jus et le zeste du citron très finement râpé, portez à frémissement. Versez le contenu de la jatte en fouettant, puis éteignez le feu, remuez pendant 1 min et versez dans un bol. Laissez refroidir.

2. Préchauffez le four à 180°C. Réduisez les biscuits en poudre, mélangez soigneusement avec le beurre, tassez le tout au fond d'un moule à charnière de 20 cm de diamètre* dont vous aurez garni les bords de papier sulfurisé**. Enfournez pour 10 minutes environ en surveillant bien pour ne pas laisser cramer... sortez du four et laissez refroidir.

3. Baissez le thermostat du four à 150°. Battez légèrement le fromage pour le lisser, ajoutez le sucre, puis, graduellement, la farine, le jus et le zeste de citron, les oeufs et la crème fleurette. Versez le tout sur la croûte de biscuits. Enfournez pour un temps éminemment variable selon les fours : chez moi, 40 minutes suffisent amplement, chez Loukoum°°°, il faut 1 heure. Cela peut être 30 minutes seulement***. Eteignez le four, passez un petit morceau de beurre sur la surface du cheesecake et sur les bords du moule****. Laissez refroidir porte du four légèrement entrebaillée. 

4. Une fois le cheesecake refroidi, craquelé ou non (mais en principe, non) étaler la crème au citron sur la surface. Réserver 24h au frigo avant de déguster. Pour faire joli, au moment du service, on peut parsemer le dessus de fines lanières de zeste de citron (prélevées au zesteur).


*Astuce n°1. Pas plus de 20 cm de diamètre pour ces proportions, si vous voulez un beau cheesecake épais comme à New York, et pas une vague tarte au fromage toute raplaplate. Où trouver un moule à charnière de 20 cm de diamètre ? Sur internet, ici, ou , ou encore sur Ebay auprès des vendeurs étrangers (taper Springform pan pour une recherche en anglais, ou Springform en allemand ; 20 cm pour les Britanniques, c'est environ 8 pouces).

**Astuce n°2. Une parade contre le craquèlement de la surface en fin de cuisson... un problème ultra fréquent, même sur un cheesecake cuit et refroidi dans les règles de l'art (refroidissement progressif dans le four éteint, etc.) : comme les bords "collent" au moule, ça tire sur la surface du cheesecake. En refroidissant, un profond ravin, voire plus, vient tout gâcher. Avec le papier sulfurisé, ça attache beaucoup moins. A la place, on peut aussi beurrer les bords du moule, de toute façon on n'est plus à 10g de lipides près ;-). On peut aussi beurrer le papier sulfurisé (ceintures et bretelles...).

***Astuce n°3. Comment savoir si c'est cuit ? Remuez légèrement le moule : la crème doit être prise sur les bords mais tremblotante au milieu. Comme on laisse refroidir dans le four éteint, la cuisson ne s'arrête pas net, loin s'en faut. Si le cheesecake ne tremble pas, quand on remue le moule, c'est qu'il est déjà trop cuit. Or un cheesecake trop cuit, c'est du plâtre, c'est horrible, et en prime, ça se craquèle à tous les coups en refroidissant (si ce n'est déjà fait pendant la cuisson). Mieux vaut un cheesecake un tout petit peu mollasson au centre qu'un cheesecake tout sec et plâtreux. Donc surveillez bien. Avec le temps, vous saurez identifier l'instant crucial où il faut arrêter le four pour obtenir la consistance finale parfaite. Pour éviter que le dessus, malgré une cuisson maîtrisée et un refroidissement progressif dans le four, ne se craquèle malgré tout, il vaut mieux encore une fois que le cheesecake ne soit pas tout à fait assez cuit que trop.

****Astuce n°4. Toujours pour conjurer la malédiction de la craquelure.

lundi 3 novembre 2008

Clémentines en sabayon gratiné aux pistaches caramélisées. Nouvelles d'une nouvelle vie.

Où commencer, depuis le temps que j'ai laissé de côté ce blog ? Que vous raconter ?

Vous avez été si assidus dans vos visites, je vous en remercie. Je m'excuse de ne pas toujours avoir répondu à vos commentaires, mais je les ai tous reçus avec un plaisir infini. Merci pour vos messages de réconfort et vos témoignages d'amitié.

Tant de choses pouvent changer dans une vie en l'espace de quelques semaines.

Le virage professionnel annoncé a eu lieu : le 29 août dernier, j'ai dit adieu à la BnF pour entrer dans le monde "étrange et convoité" des profs d'université (dixit mon chef lors du pot de départ : somme toute il n'a pas tout à fait tort). Depuis le 8 septembre, je partage mes semaines entre Paris et Poitiers. J'enrichis la SNCF et m'énerve après son site web sans cesse en rade, j'enrichis les hôtels et la restauration rapide d'inspiration italienne, je suis payée au lance-pierre (pire qu'avant, c'est dire) mais je baigne dans la musique, alors tout va bien.

L'autre grand virage, le principal responsable de cette longue absence, c'est un miracle de la médecine procréative : un petit Kriskov prévu pour le début du printemps. Le monstre m'a rendue bien malade ! Imaginez avoir la gastro (pas -nomique, mais -entérite) pendant 10 semaines consécutives. Je ne suis ni la première ni la dernière à avoir vécu ce cauchemar, je le sais bien. N'empêche. Ne plus mettre un pied en cuisine, ne plus pouvoir mettre le nez au marché d'Aligre, le dimanche, ne même plus pouvoir mettre par écrit la liste des courses sans rendre ses tripes, ne plus pouvoir jeter un oeil aux blogs de cuisine, à commencer par le sien, c'est terrible. Avec ça, il a bien fallu se lever, prendre le train, préparer des cours, tenir le crachoir devant les étudiants.

Heureusement tout cela a pris fin depuis quelques jours, même si ce n'est pas la grande forme culinaire, loin de là. J'ai bien fait quelques incursions dans la cuisine, mais seulement pour des recettes ultra basiques, toute cette période ayant été placée sous le signe de la plus terrifiante régression du goût !

Avec ce billet de rentrée (voici Grand Chef coiffé au poteau, et la réputation des profs encore un peu plus piétinée), je comptais vous confier un secret bien gardé, celui d'un dessert trois *** dont le secret est détenu de mère en fille dans la famille Kriskov : le petit-suisse à la crème de marrons.

Non je blague ;-)

Après des semaines de régression de ce style, j'ai décidé de faire un effort. Oh, un tout petit effort... En fin d'hiver dernier, j'avais préparé un dessert sympa et un peu chic, et puis j'avais complètement oublié de le publier : des clémentines en sabayon gratiné aux pistaches caramélisées. Cela tombe bien, l'hiver approchant, on commence à trouver de bonnes clémentines sur les marchés, donc c'est le moment de tester cette recette.

C'est curieux, mais le sabayon ne fait pas partie des préparations à la mode, c'est carrément vieux jeu, ça a un petit côté dîner petit-bourgeois de la ménagère des années 50. Curieusement, le sabayon est resté plus actuel de l'autre côté des Alpes, les Italiens le pratiquent encore beaucoup. C'est fin et parfumé, cela se marie à merveille avec les agrumes (ou d'autres fruits). Enfin, ce n'est pas bien compliqué à réaliser. Il faut simplement veiller à ne pas trop le cuire, sinon il devient pâteux et perd son aspect mousseux.

Voici donc cette recette, en attendant des billets et des recettes de plus grande fraîcheur chronologique.


Clémentines en sabayon gratiné aux pistaches caramélisées


Pour 4 portions :

- une douzaine de petites clémentines bien juteuses et sans pépins
- 4 cuillères à soupe de jus d'orange
- 3 jaunes d'oeufs
- 6 cuillères à soupe de sucre
- 1/2 cuillère à café de cannelle en poudre ou 1 pincée de 4 épices
- 4 cuillères à soupe de pistaches décortiquées, non grillées et non salées
- 2 cuillères à soupe de mandarine impériale ou de Cointreau (ou tout autre alcool à base d'agrumes)


1. Peler les clémentines et séparer les quartiers sans les abîmer. Retirer le maximum de petites peaux blanches.

2. Préparer le sabayon. Dans une casserole et sur feu très doux (idéalement au bain-marie), fouetter ensemble et sans arrêt les jaunes d'oeufs, 2 cuillères à soupe de sucre, l'alcool et le jus d'orange, pendant 6 à 8 minutes environ, de façon à obtenir une texture mousseuse et un peu épaisse. Ajouter la cannelle ou le 4 épices en fin de cuisson.

3. Faire caraméliser les pistaches grossièrement hachées avec 4 cuillères à soupe de sucre blanc, à sec, dans une poêle antiadhésive et sur feu vif. Réserver. Faire préchauffer le gril du four.

4. Dans des verres ou des coupes, disposer les quartiers de clémentine, ajouter la moitié des pistaches caramélisées, puis recouvrir de sabayon, enfin terminer par les pistaches restantes.

5. Passer le tout 3 à 4 minutes sous le gril bien chaud, juste assez pour que le dessus dore un peu. Servir aussitôt.